HISTOIRE DE LA  GÉRONTO-PSYCHIATRIE à Charles-Foix, Ivry/Seine

ARTICLE DU DR ANDRÉ BOIFFIN écrit en Février 2020

"LE MARIAGE GERIATRIE-PSYCHIATRIE EST-IL POSSIBLE?"

L’expérience ivrienne d’un service de Psychiatrie des personnes âgées le montre .

I-Les circonstances et le contexte de la seconde moitié du siècle dernier étaient favorables.

1-La naissance de la spécialité de Psychiatrie en 1968 du fait du divorce d’avec celle de Neurologie. Le bouillonnement des idées à l’époque était important.Psychanalyse et Psychiatrie institutionnelle devenaient influentes et les psychotropes arrivaient .L’ idée du secteur psychiatrique prenait corps avec l’expérience du 13’ arrondissement de Paris .Le docteur Balier membre de cette équipe créa l’association de Gérontologie du 13’arrondissement pour offrir aux personnes âgées de cet arrondissement soins et suivi psychiatriques depuis des clubs de rencontres et activités diverses jusqu’à l’hospitalisation.

2-L’affirmation de la Gériatrie à Ivry dans les années cinquante le vieillissement démographique y invitait . Les Prs Vignalou et Berthaux nommés aux hôpitaux de Paris affectés à l’infirmerie du grand hospice d’Ivry décidèrent d’ouvrir cet établissement de l’Assistance Publique et Hôpitaux de Paris à la Gériatrie qui naissait chez les anglo-saxons.Peu à peu ils créèrent un instrument efficace de traitement des personnes âgées:infirmerie transformée en services de médecine interne avec consultation ouverte aux médecins installés dans la ville, hôpital de jour gériatrique , médicalisation progressive des unités de long séjour de l’établissement qui prit le nom d’hôpital d’Ivry puis d’hôpital Charles Foix.Et les journées de Gériatrie commencèrent .Une reconnaissance internationale s’installait .

3-La convergence des idées et des projets avec proximité géographique d’Ivry et du 13éme arrondissement de Paris amena naturellement des rencontres entre gériatres d’Ivry et l’association de Gérontologie du 13ème arrondissement..Une réflexion commune débuta en particulier sur les problèmes de ce qui s’appelait la démence sénile .Elle permit aux gériatres de constater la difficulté de dialoguer et de travailler avec les psychiatres de l’hôpital Paul Guiraud à Villejuif , Ivry faisant partie de son secteur psychiatrique .La question se posait en effet de la prise en charge des décompensations mentales survenant dans les unités de long séjour; elles y étaient évidemment insupportées et Paul Guiraud était peu désireux de s’investir dans ce travail; à son retour dans son unité le patient apparaissait n’en avoir que peu bénéficié.Ce problème préoccupait depuis de longues années l’équipe gériatrique qui se structurait et construisait l’organisation médicale de l’établissement .

4-Le climat économique des années 70 était encore favorable de même que celui de l’administration hospitalière plus souple qu’actuellement autorisant et réalisant des unités médicales nouvelles sous l’impulsion médicale .Ce climat coopératif a permis le développement de l’hôpital gériatrique qui prit le nom d’hôpital Charles Foix.L’administration constatait les progrès médicaux réalisés .

 

II La naissance du service de Gérontopsychiatrie

1-Les médecins de l’hôpital Charles Foix devant le problème des troubles psychiatriques survenant dans les services de long séjour gériatrique en vinrent donc à penser que la réponse adaptée était d’implanter dans l’établissement un service s’occupant de cette prise en charge particulière .Il convenait donc de rapprocher la Psychiatrie de la Gériatrie , que d’un côté comme de l’autre il soit possible de se parler et de se comprendre.Pour ne pas effaroucher le monde gériatrique l’appellation unité de Psycho-gériatrie fut retenue .L’un d’entre nous dont le cursus médical apparaissait adapté fut pressenti.D’une part dans le cours de ses études il parcourut dans les hôpitaux de Paris les services de diverses spécialités médicales dont en particulier le service de gériatrie et de médecine interne de l’hôpital Charles Foix où il termina son clinicat; d’autre part ayant obtenu , s’intéressant de plus en plus à la psychiatrie , l’équivalence du certificat de neuropsychiatrie, il accepta de participer à l’aventure .Il bénéficiait de la confiance et de l’appui des médecins de l’hôpital qui le connaissaient et avaient travaillé avec lui des années .

2-L’unité de Psycho-gériatrie ouvrit en novembre 1977.Elle disposait d’une salle de 17 lits d’hospitalisation et d’une consultation ouverte sur l’extérieur .La mission assignée était de suivre et traiter les difficultés psychiatriques des divers services de l’hôpital ( six unités de long séjour , le service de médecine interne, un service de gériatrie aiguë avec son hôpital de jour et deux services de moyen séjour ); la consultation externe permettant une ouverture sur l’extra-hospitalier et l’alimentation de l’unité d’hospitalisation.Pour ce faire nous disposions d’une petite équipe d’infirmières et d’aides-soignants dont le cadre infirmier était celui d’une unité long séjour , d’un interne de médecine générale , de la collaboration d’un travailleur social affecté à un autre service et de l’appui médical nécessaire en cas de problèmes somatiques .Plus tard une collaboration avec la Salpétrière fut établie en cas d’indication de sismothérapie . Il fallut plusieurs années pour asseoir la crédibilité de l’expérience notamment aux yeux de l’administration attendant les résultats de son fonctionnement.La formation de l’équipe soignante non préparée à un tel soin demanda une grande attention et un soutien; la collaboration avec le cadre infirmier non initié à un tel fonctionnement , ayant la charge d’une unité long séjour ne fut pas facile.L ‘appui médical de l’établissement et les médecins généralistes de l’environnement habitués à collaborer avec le service de médecine, envoyant leurs patients âgés à la consultation psycho-gériatrique, ont permis peu à peu un roulement satisfaisant du service qui leur offrait un débouché pour des malades leur faisant difficulté du fait de leur vieillissement; de plus le service de psycho-gériatrie était un portail pour l’admission en long séjour .

3-L’affirmation progressive de l’utilité et de la réalisation d’un fonctionnement psychiatrique dans un hôpital gériatrique a permis d’étoffer peu à peu l’équipe soignante .Elle a acquis d’abord un cadre infirmier temps plein , ce qui a facilité grandement son fonctionnement.Ensuite nous ont été accordés un poste de psychologue et un poste de travailleur social ouvrant l’éventail de nos soins dans le service et vers l’extérieur .Nous disposions alors de moyens pour travailler plus efficacement . Vers la fin des années 80 l’hôpital envisageant une réorganisation de son fonctionnement , il nous a été proposé un déménagement vers un local plus adapté à nos besoins et à la réflexion duquel nous avons pu collaborer .Ainsi au début des années 90 le service a disposé d’une salle de 20lits en chambres individuelles , de plusieurs lieux de vie dont une grande salle-à-manger lumineuse, adjointe, accolée au bâtiment ouvrant sur un petit jardin clos .Cet ensemble neuf fut une amélioration appréciée .La direction hospitalière intéressée désormais par la notoriété psychiatrique acquise accepta le projet d’un hôpital de jour géronto-psychiatrique de 15 places pourvu d’une équipe aide-soignante encadrée par un psychologue vacataire , disposant d’un minicar permettant l’aller-retour des patients si nécessaire , cet autre lieu de soin disposant d’un autre local.Le service acquit de plus un poste de psychiatre assistant et plus tard deux vacations de gériatres nous déchargeant des problèmes somatiques . L’ensemble du service de géronto-psychiatrie ainsi constitué a fonctionné sur le mode de la psychiatrie institutionnelle, la place et le rôle de chacun étant reconnus .

 4-Parallèlement à cette évolution la collaboration avec l’ensemble de l’établissement s‘approfondissait.Outre le service de psychiatrie de liaison assuré , nous avions obtenu dans deux services gériatriques la tenue de réunions régulières d’écoute et de discussion avec leurs équipes soignantes , les services long séjour se dotaient de poste de psychologue.Un autre service intéressé par le travail psychologique , créa avec un psychologue dans une salle un lieu de rencontre de jour ouvert aux patients de long séjour . Par ailleurs psychiatres et psychologues de l’hôpital se rencontraient , participaient à des rencontres, notamment aux Journées de Gériatrie d’Ivry et à celles de Limoges créées par le Pr Léger.Les rencontres et la collaboration avec l’association de Gérontologie du 13éme se poursuivaient .Toutes ces interactions nous enrichissaient .

BOIFFIN André †, psychiatre, psychothérapeute, ancien chef de service de l’UPG (Unité de Psycho gériatrie) Hôpital Charles-Foix, 94200 Ivry sur Seine

dessin réalisé par un des soignants de son service

Dès la fin de son internat André Boiffin, qui a d’abord voulu s’initier à l’Endocrinologie, accède à une formation de spécialiste en Psychiatrie. En s’orientant vers la clinique de la souffrance mentale, Il soutient ainsi sa conception fondamentale du soin : l’attention pour les personnes, en particulier celles qui sont fragilisées par la maladie, relève d’une compréhension globale de leur être et de leurs interactions avec leur environnement. Son humanité et sa disponibilité accompagneront toujours son évocation et quoique parti pour un exercice libéral à Orléans, Paul Berthaux et Jean-Pierre Bouchon lui proposeront de fonder une Unité de Psychogériatrie à l’hôpital Charles Foix d’Ivry sur Seine. Elle ouvre en 1978 et André Boiffin établit progressivement des liens avec l’ensemble de la communauté gériatrique pour faire de son service, une ressource articulée et nécessaire. Il y dispense des soins marqués d’intelligence et de respect pour des personnes âgées et souvent dérangeantes. Selon une politique d’ouverture vers l’extérieur chère à Jean Vignalou, il développe aussi une consultation ambulatoire qui contribue à la notoriété de l’établissement et surtout à l’accessibilité des personnes désorientées vers un dispositif d’écoute bienveillante. André Boiffin restera fidèle toute sa vie professionnelle à cette approche capable d’accueillir les étapes successives de la déconstruction et d’une reconstruction de l’espace psychique : Les effets du corps peuvent précéder ceux de l’esprit et l’inverse peut aussi advenir pour former un maillage permanent. Une image de son travail est celle d’une dentelle fine et suffisamment ouvragée pour s’aérer encore sans perdre sa contenance. Telle était sa réalité de la complexité des situations et des êtres. Il aimait aussi énoncer qu’un mouvement appliqué à un mobile de Calder en déclenche un autre forcément imprévisible. André Boiffin nous lègue un immense horizon : garder en soi une forme d’indécidabilité et de discrétion résolument tournées vers l’autre. Jérôme PELLERIN

https://sfgg.org/actualites/hommage-a-andre-boiffin-1936-2020/